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Voyage à Beaune, Meursault, Seurre

Voyage à Beaune, Meursault, Seurre le 05 octobre 2019

Association Monsieur Vincent (Moutiers saint Jean) / Desnoyers-Blondel (Alise sainte Reine)

Départ de Bierre sous la pluie, mais l’optimisme du touriste n’est pas atteint. 

Arrivée à 9h30, comme prévu.

Après le mot d’accueil des  guides, celles ci nous invitent à jeter un œil sur les étales du marché de Beaune … avant de gagner l’Hôtel Dieu sous une pluie fine et tenace … devons nous garder le parapluie ??!! oui.   

Ce texte commente les photos du diaporama, environ 250 photos.

Nous arrivons à la porte d’entrée de l’Hôtel Dieu et son auvent en double bâtière datée de 1443 dominée par 3 statuettes en plomb représentant la vierge à l’enfant  au centre, puis saint jean Baptiste et saint Nicolas.

Pépins à la main nous entrons au plus vite dans la cour d’honneur…

Et nos guides procèdent à la formation de deux sous groupes Alise / Moutiers dans la cour d’honneur que nous traversons rapidement.  L’Architecture qui a fait la réputation de cet hôpital est remarquable. Le site  a fédéré d’autres établissements hospitaliers de Beaune et des environs et c’est ainsi que cette institution hospitalière a pris le nom ‘’ d’Hospice de Beaune ‘’, l’Hôtel Dieu en étant le joyau. Ces Hospices de Beaune qui ont conservé une activité hospitalière  qu’ils exercent dans un cadre moderne à quelques centaines de mètres de l’Hôtel-Dieu. Une  institution prestigieuse originale et souvent mal connue dans sa réalité contemporaine : Les Hospices de Beaune sont un établissement public de santé et sont propriétaires de ce monument historique, l’Hôtel-Dieu qui ne reçoit plus de malades mais accueille plus de 400000 visiteurs par an.  Recette brute/ an,  > à 5M€ et un Résultat net de 380000€. 40 salariés. Les Hospices possèdent une autonomie financière que beaucoup d’institutions françaises leur envient, sa prestigieuse production de vin alimente les caisses et finance les œuvres caritatives des Hospices, en particulier sa célèbre vente aux enchères depuis 1859 (150ans, le  3ème dimanche de novembre) plus de 14M€ en 2018

Cette magnifique institution représente plutôt ‘’ un logis de prince ‘’ qu’un hôpital pour mendiants  destiné à recevoir les pauvres, les miséreux et les malades…

Le domaine des hospices de Beaune, Hospices civiles de la fondation Nicolas Rollin gère :

            - L’Hôpital  env 550 places, et l’Ehpad par le service de ste Anne

            - Le domaine viticole et agricole, plus de 1750 ha de forêts et de terres dont 65 ha de vignes.

            - L’Hôtel-Dieu

Coté salle des Pôvres, toits ornés de lucarnes qui donnent de l’éclairage à l’intérieur

On voit aussi de la cour d’honneur, des gargouilles typiques du Moyen Age.

Les jardins d’entrée ou se dressent les statues des fondateurs, Nicolas Rolin(1376 -1462), richissime chancelier de Philippe le Bon qui veut sauver son Ame en fondant cet établissement. Il est doté d’une fortune acquise au service des Etats bourguignons, largement complétée par celle de sa 3ème épouse Guigone de Salins fortunée également grâce aux ressources salines de la région exploitées par son père. Pourtant, son épouse n’apparaît pas dans la charte de fondation ni dans les règles et les statuts de l’Hôtel-Dieu.  Cette Charte qui exprime les souhaits de Nicolas Rolin dans l’intérêt de son salut, d’échanger contre les biens célestes, les biens dont le seigneur source de toutes bontés, l’a comblé. Nulle allusion dans sa charte à la misère  des habitants,  à la famine, et les épidémies de pestes et calamités du temps et les écorcheurs qui dévastaient le pays.

Nous traversons la cour qui mène à la cuverie (plutôt la salle des pressoirs) passons devant le pavillon sainte Anne et l’ancien farinier dont la façade fut restaurée début XIX, néoclassique, il avait été construit mi XVIIIème pour stocker les réserves de grains jusqu’au milieu du XIXème et fut ensuite désaffecté pour y aménager deux grandes salles des malades.

La cuverie et les caves.  Elles se situent sous la périphérie de la cour d’honneur ; les pièces sont entreposées et représentent une cinquantaine de cuvées. Chaque pièce vendue issue de vignes  qui portent le nom du domaine ou du climat.… Depuis sa création l’établissement a bénéficié de privilèges, de dons, et de legs de pensionnaires ou non,  lui permettant d’assurer sa mission. Alors parmi les biens donnés aux Hospices, ce sont de  somptueuses ouvrées qui ont permis de constituer un domaine conséquent de plus de 65 Ha et pas les moindres, des parcelles de Meursault, d’Aloxe Corton, de Savigny et … toutes confiées à des experts et produisant en partie le vin vendu dont nous avons parlé ci dessus.

Production annuelle moyenne, 700 pièces x 300 (228 l  bouteilles) soit une production annuelle de 210000 bouteilles pour un CA ces dernières années de 12 à 14 M€.

Une vue partielle de l’ancienne galerie construite au XVème siècle, reste une partie du bâtiment d’enfermement des malades frénétiques (asile).

Nous traversons le sanctuaire des tapisseries, et de collections de coffres c’est la salle saint Louis…. De nombreuses scènes comme

la parabole de l’enfant prodigue  et bien d’autres.

Derrière, se trouve la salle qui abrite le polyptyque.

Nous arrivons à la chambre du Roi, jadis salle des ventes des vins des Hospices. Dotée d’une belle porte et d’une imposte monumentale.

On y voit les portraits de Philippe le Hardy, Jean sans Peur et Philippe le Bon.

Rappel pour mémoire :

Philippe le Hardy 1342/ 1404                     règne 1364/ 1404

Jean sans Peur       1371/ 1419                     règne 1404/ 1419

Philippe le Bon      1396/ 1467                    règne 1419/ 1467

Charles le téméraire1433/ 1477                 règne 1467/ 1477

Rapide passage dans les jardins  dont celui des simples…

Nous nous dirigeons ensuite vers l’Hôtel de Saulx, qui fut un hôtel privé construit à l’époque de l’hôtel-Dieu. La cour qui a conservé sont architecture du moyen âge, une galerie en bois et des fenêtres fixées à l’intérieur de tableaux de bois. A noter les bois de façade formant des frises en croix de saint André. La pierre ronde, formée de deux quadrilatères formant 8 branches et au centre un cerf et des feuilles de chêne symbolise la sagesse. Pas obtenu la datation …

Ensuite, accès à la salle des Pôvres, bâtiment ardoisé.

La petite comble coté orgue  sous la superbe charpente coté opposé à la chapelle…

Grande salle des Pôvres… que nous pourrions appeler un ‘’ palais pour les pauvres ‘’. Nous accédons  au court planchage à l’étage. C’est aussi le moyen d’accès à l’orgue du XVIIIème où Etienne Jacquot notre virtuose local est fier de pouvoir se mettre au clavier fait de manettes de bois et d’entonner l’une des Messes de JS. Bach, mais la machine émet des sons bizarres, très différents de ce qu’il attendait…

Magnifique et volumineuse salle, son berceau lambrissé haut de plus de 15m et une charpente apparente ornée d’un décor peint en 1878 d’après les vestiges du décor médiéval. Le poinçon vertical situé au centre de la charpente  supporte la panne horizontale soutenant des tirants perpendiculaires.

C’est une charpente à entraits engoulés, c’est à dire, aux extrémités sculptées en forme de tête de monstre

Il aura fallut plus de 100 fûts de chêne de 14 à 16 m de long pour la fabriquer. La dendrochronologie (Technique qui consiste à dater un arbre à partir de ses anneaux de croissance au trimestre près de son existence. On sait aussi analyser la morphologie des anneaux. Dire aussi que cette technique permet de reconstituer les changements climatiques et environnementaux par une observation à résonnance), a montré que l’abattage des arbres eut lieu au cours de l’automne et l’hiver 1446-1447 et que la charpente fut levée en juillet-août 1448.

Au début du XIXème siècle les campagnes de restauration se sont succédées. En 1872 l’architecte  Maurice Ouradou élève et gendre de Viollet-le-Duc a entrepris la rénovation de la Grande salle des Pôvres, notamment l’agrandissement de la chapelle.

La grande salle des Pôvres ; une approche révolutionnaire de l’intimité des malades.

50m x 14 m. Nicolas Rollin y a volontairement limité le nombre de lits 15 de chaque coté soit 30, chacun pouvant accueillir 2 malades. Elle reçu des malades jusqu’en 1955. Si les malades contagieux n’étaient pas admis, ils forcèrent parfois la porte. En 1628 les autorités municipales imposèrent l’hospitalisation de personnes atteintes de la peste entrainant le décès de plusieurs religieuses.

La chapelle est dotée aussi d’une belle décoration de grotesques qui étaient très en vogue à l’époque romane. Elle a abrité le polyptyque  derrière le maitre hôtel que N.Rollin avait commandé à Rogier van der Weyden. Et à la révolution fut déplacé pour être protégé et ensuite être installé dans une salle spécifique. Nous verrons plus loin.

Son vitrail (1877 reprend l’iconographie de l’ancienne verrière); la vierge de pitié entre N. Rolin et son épouse. Et en partie supérieur des scènes du Calvaire.

Nous visitons des cellules des sœurs; très spartiates, rien de surprenant pour les sœurs hospitalières.

Salles Saint Huges et Saint Nicolas, exposent des objets et des matériels de soins de toutes sortes.

Passons devant un présentoir de tuiles vernissées dans la salle st Nicolas… Belles couleurs, représentent les tuiles qui ont été utilisées lors de la restauration des toits de 1904 à 1907… procédé de coloration revu grâce à Louis Sauvageot qui avec une entreprise de Montchanin à inventé un nouveau procédé.

  • l’argile était foulée jusqu’à matière homogène
  • moulage dans un cadre, bord inférieur coupé en biseau afin de limiter les ombres
  • Séchage à l’abri du soleil et de la pluie
  • Dernière étape la pose de glaçure, mélange de plomb, d’argile et d’oxydes métalliques broyés dans un mortier.
  • Brun rouge oxyde de fer
  • Oxyde Cu, une palette de verts
  • Le jaune, antimoine .
  • Dernière cuisson 800 à 1000 °C

Salle des chartes … lettres patentes sur parchemin, belles lettrines.

Alambic et objets traditionnels et accessoires riches en diversité.  La collection de Pots en faïence acquise en 1789  à Dijon, effets sériels importants.

Le Polyptyque a été créé à la demande de Rolin pour l’Hôtel-Dieu est un chef d’œuvre de Rogier van der Weyden fondateur de la grande tradition flamande au XV.

Le polyptyque  du jugement dernier est une pièce monumentale  formée de 9 panneaux   de chêne dont 6 sont peints sur les deux faces. On pense que le retable devait être présent lors de la consécration  de la chapelle  en 1451.

Coté 6 panneaux :

1 saint contre la maladie

1 ermite et son porc

Nicolas Rolin et  Guigone de Salins

En haut Gabriel l’annonciateur et  Marie

Coté 9 panneaux :

Au centre, la pesée des âmes, à l’instant critique de la fin des temps entre les bons et les méchants.

En vert, Paul le messager

A coté, Jean Baptiste le prophète et André (en rouge) le protecteur de la Bourgogne

Marie  et Pierre

Et des scènes de la passion…

Visite de la collégiale notre dame de Beaune XIIème et des tapisseries de la Vierge en laine et soies. Le chœur avec ses absides peu visibles derrière les  tapisseries… Eglise romane sur le modèle clunisien. Voûtes en berceaux brisés sont remarquables idem pour les absides, les chapelles, cloître et salle capitulaire sont des voûtes d’ogives.

Sa flèche gothique fut remplacée par un toit vers 1580/88 . Viollet le Duc en 1860 apporta quelques modifications décoratives

Déjeuner vers 13h00, restaurant tout proche,  menu :

Salade de chèvre chaud

Magret de canard au vinaigre de framboises

Crème brulée au miel

15h00 visite de la Léproserie à Meursault Style roman fondée en 1142 par le Duc Hugues II de Bourgogne. Ses origines restent mal connues. Les archéologues militent en faveur d’une phase d’occupation au cours du XIIème

3 parties composent le site

            La porterie qui se situe à l’entrée

            La chapelle… toit en laves calcaires

            La grande salle des malades

On nous rappelle qu’à l’époque, une centaine d’établissement de ce genre existèrent dans le duché de Bourgogne, épidémie de lèpres très répandue et les séquestrations…

En 1760 le site est associé aux Hospices de Beaune

Au XIX devient un relai de diligence et ensuite une exploitation agricole.

En 2012/2013 restauration / mairie (3M€) + fouilles archéologiques entreprises comme ce fut la mode dans beaucoup de lieux en Bourgogne. Elle est la propriété de la commune et le site fut intégré au projet de ‘’ candidature des Climats de Bourgogne ‘’, lors de la présentation à l’inscription du Patrimoine Mondial de l’Unesco.

Le portail roman de la chapelle est flanqué d’un arc en façade plutôt gothique alors que les arcs concentriques en arrière ont gardé leur structure romane, soutenus par 6 colonnes qui augmentent l’impression d’épaisseur des murs et soulignent ainsi la solidité de la construction. Chapiteaux extrêmement sobres. On y constate une restauration de façade très traditionnelle des restaurations contemporaines comme les renforts de type pilastre.

La chapelle, le bâtiment de la porterie sont inscrits au patrimoine.

16H00 : Hôtel-Dieu de Seurre

Fondé en 1688 par des magistrats et habitants … Encore l’influence d’hommes de Robes …on ne peut  s’empêcher de faire des rapprochements historiques dans ces initiatives avec les collaborateurs de chanceliers sous Louis XII ou Louis XIV comme Jean Coeurderoy ( maitre de requêtes à Dijon ) et bien d’autres. La ville de Seurre a vécu beaucoup de difficultés en raison de sa situation géographique.

L’hôpital est destiné à recevoir des malades de la ville et des villages voisins tant en hommes que femmes et gens de guerre.

Trois bâtiments sont ouverts sur la cour d’honneur

L’Apothicairerie qui ouvre sur le laboratoire. Boiseries en chêne comprenant un corps inférieur fermé de porte avec quadrilobe, deux rangs de tiroirs surmontés de 4 niveaux de niches en plein cintre collection de 100 pots en faïence de Dijon  pots  à canon et chevrettes décorés camaïeu et quelques pots d’étain très petits un mortier conçu comme une sculpture.

Chapelle qui témoigne de l’importance de la religion à l’époque

La salle des malades, possède 18 lits mi-clos et de monumentales armoires.

Les salles sont classées et l’hôtel Dieu témoigne parfaitement de la vie hospitalière des XVII et XVIII èmes siècles

Après lecture de l’ouvrage du patrimoine hospitalier en Bourgogne, on apprend qu’il existait au XVème siècle  hors les murs un hôpital sous l’invocation de saint Michel. Il fut complètement détruit en 1650 par les troupes du Roi qui assiégèrent la ville, dernier bastion de la Fronde, laissant la population dans une immense détresse. La reconstruction a eu lieu grâce à l’initiative des magistrats de la ville et de Louis XIV qui accorda  la somme de onze mille livres en 1665 prenant en compte la perspective du rattachement de la Franche-Comté à la France qui a eu lieu quelques années plus tard (1678) …  et l’installation de sœurs hospitalières pour que l’hôpital soit gouverné  comme les autres villes voisines. Nous avons pu voir des résidents et visiteurs  jouer au tarot… On peut comprendre qu’organiser une visite dans ces conditions n’est pas facile.

Enfin la statue de Sainte Barbe fin XV, patronne des pompiers retrouvée dans la Saône au cours d’un dragage . Elle serait l’œuvre d’un imagier du duc de Bourgogne Philippe le Bon.

En fin de visite et dans la cour d’honneur de l’Hôtel-Dieu,  nous posons pour la photo traditionnelle du groupe , nous étions 53 personnes.  

22/11/2019 AMV/GB